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Beaucoup de bruits pour rien ?

Quand il a fait bâtir son pavillon en 1968, cet habitant de Bouguenais savait qu'une voie rapide passerait, un jour, dans les parages. Mais il dormait encore sur ses deux oreilles : elle ne devait être construite qu'à 400 mètres. Las ! entre-temps, les services techniques changent d'avis. Le périphérique frôle finalement son pavillon, à une soixantaine de mètres... Et le trafic journalier explose : en 1983, on l'estimait à 14 200 véhicules à l'horizon 2010 ; ils sont déjà 55 000 à le fréquenter, aujourd'hui ! Conséquence directe : le niveau sonore atteint la limite du supportable pour beaucoup de riverains. « Je voudrais partir, dit l'habitant de Bouguenais. Or ma maison est évaluée à 750 000 francs, contre 1,2 million de francs pour un pavillon plus petit, mais situé dans un endroit calme... »

Conscients du phénomène, les pouvoirs publics ont pris des mesures correctrices : en 1998, la vitesse maximale est ramenée de 110 à 90 kilomètres/heure, soit un gain potentiel de 2 décibels. Parallèlement, la direction départementale de l'équipement (DDE) rénove, tronçon par tronçon, le revêtement. Désormais, quelque 60 % du périphérique nantais bénéficient d'un bitume de meilleure qualité. Ce qui réduit les nuisances d'environ 2,5 dB. Soit l'équivalent d'une division par deux du trafic routier.

Une campagne de mesures

Insuffisant, jugent certains riverains. Sous la pression de l'Arpe (Association des riverains du périphérique et des voies extérieures), la DDE réalise pour l'heure une nouvelle campagne de mesure du bruit sur la rocade. Les résultats devraient être publiés avant la fin de l'année. « Nous pourrons alors regarder les points les plus noirs et obliger les maîtres d'ouvrage à réaliser, à leurs frais, des travaux d'aménagement », explique Pierre-Yves Sinou, président de l'Arpe. L'édification de nouvelles buttes et de murs antibruit, voire la pose de vitrages d'isolation phonique chez les particuliers sont quelques-unes des améliorations préconisées par l'Arpe. Mais les premières données de la campagne, dont Le Point a pris connaissance, risquent de décevoir l'association. Sur les 27 endroits mesurés, aucun ne semble pour le moment dépasser le seuil des 60 dB, qui marque la limite au-delà de laquelle les maîtres d'ouvrage du périphérique (1) seraient tenus de financer des travaux. « On est dans les clous », se félicite-t-on à la communauté urbaine...

Faut-il en conclure que les collectivités locales feront la sourde oreille aux doléances de l'Arpe ? Ce serait rompre avec la bonne volonté qu'elles affichent, tant à l'égard des riverains du périphérique qu'envers tous les Nantais. Ainsi, la municipalité a mis en place depuis 1993 une commission réunissant des représentants des débitants de boisson, les services de la ville concernés et Henri Duclos, adjoint au maire. A intervalles réguliers, cette instance originale examine les plaintes déposées à l'encontre des restaurants, bars et autres discothèques pour nuisances sonores. Selon la gravité ou la fréquence des plaintes, la commission peut infliger une sanction allant du simple avertissement à la réduction des horaires d'ouverture. De plus, depuis le début de l'année, une brigade de contrôle nocturne sillonne les endroits « chauds » de la ville pour mesurer le niveau des décibels émis. Une sortie bruyante d'un bar, et c'est le patron qui risque de se faire taper sur les doigts...

Mieux encore : la communauté urbaine intègre désormais la dimension sonore dans ses réflexions sur l'aménagement. Exemple : on implantera un terrain de basket extérieur spécialement conçu pour faire le moins de bruit possible. Dans le même esprit, un futur plan de circulation allégera le trafic dans certains quartiers (tel celui de Malakoff), et la place de la voiture dans toute l'agglomération sera encore réduite à l'avenir. « L'idée, c'est d'avoir une vision globale de la pollution sonore, et non pas se focaliser sur le seul périphérique », souligne Joël Garreau, directeur de la mission risques et pollutions de la communauté urbaine. Les riverains du périphérique accepteront-ils le message ? n1. Etat, département, communauté urbaine et Cofiroute.

Michel Revol

 

Le Point - Publié le 21/09/2001 à 17:59 - Modifié le 19/01/2007 à 17:59